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Habay, la grande mardelle Sur le Haut entre Rulles et Villers-sur-Semois

Durant sa période hivernale, le Musée laisse la parole à divers témoins de Gaume pour évoquer un lieu, un monument, un personnage, une activité, une anecdote locale dans chacune de nos 10 communes.

Cette semaine, c’est Jean-Marie Pairoux qui nous parle de la grande mardelle d’Habay, « Sur le Haut » entre Rulles et Villers-sur-Semois.

Pour les amoureux de la nature en Gaume, la mardelle est un phénomène caractéristique des terrains marneux ou argileux, de l’ère secondaire en particulier. Généralement situées sur les parties hautes de la cuesta qui va de Habay-Nantimont à Harinsart-Marbehan, ces mardelles sont apparues suite à la dissolution de certains éléments calcaires ou encore par effondrement. Parfois l’homme a aidé ce développement naturel et a poursuivi l’excavation de ces mares pour y prendre de la tourbe ou pour y prélever du limon pour épandre sur ses cultures.

Les mardelles renferment aussi une flore et une faune remarquables, en plus de servir, c’est le cas de celle qui nous intéresse ici, de point d’eau pour les oiseaux migrateurs…

La mardelle située « Sur le Haut », entre Rulles et Villers-sur-Semois est intéressante à ce titre. C’est une grande excavation de forme ovale (de plus ou moins 20 m sur 30 m) et de bonne profondeur, avec une végétation intéressante. Il n’est pas rare d’y voir des grues qui s’y arrêtent.

Mais c’est surtout sur le plan de l’histoire des hommes que ce site nous interpelle… En octobre 1912, l’abbé F. LOES, une des chevilles ouvrières de l’Institut Archéologique d’Arlon, renseigné par Mr J. FORET, l’instituteur du village de Rulles, et aidé par l’abbé DUBOIS, professeur au Collège de Virton, démarra une campagne de fouilles sur le site.

Après avoir asséché la mare qui occupait cette excavation, on creusa et l’on trouva beaucoup de choses : des troncs d’arbres qui avaient été coupés à la hache, des restes de foyer, des mollusques et une pierre qui aurait pu servir de polissoir. Pour l’abbé Loes, qui avait aussi fouillé des excavations de ce genre dans le sud du Grand-Duché et de la Province, pas de doute possible : une toiture unique couvrait cette installation et il s’agissait donc d’un site habité par l’homme. Rappelons qu’à proximité immédiate de cette mardelle, passait un chemin romain, diverticule qui reliait la chaussée Reims-Arlon-Trèves aux villas romaines de Mageroy, Rulles, Chaumont etc…

Mais, comme l’aime à rappeler Pierre LEMAIRE, de Villers-sur-Semois, grand spécialiste de ces phénomènes géologiques, l’archéologie n’est plus aussi catégorique quant au fait qu’elles aient été des habitations des temps anciens : les mardelles n’auraient pas été habitées par l’homme sauf peut-être occasionnellement. Des études plus récentes ont cependant replacé ces mardelles dans l’histoire, et en particulier celle de Rulles…

Ces études, effectuées par le professeur René Noel et le palynologue Michel Coûteaux sur des prélèvements de pollens au fond de cette mardelle ont permis de retracer l’évolution du paysage au cours des siècles : « Bien moins de hêtres après 200 que vers 100-150 ; des chênes vite arrêtés dans leur essor (…). Brusquement après 380-400, tout change. La forêt et les broussailles reviennent là où auparavant s’étalaient cultures et herbages ; (…) l’activité rurale s’écroule : elle ne disparait pas tout à fait, mais peu s’en faut. Les années 800 la verront se réveiller, d’abord timide, puis plus vigoureuse, notamment vers 900-950, et finalement conquérante durant trois-cents ans. (…) Ce n’est pas de sitôt qu’en ce pays, pourtant romanisé, se fixèrent fermement paysages et habitats. ». (P. Lemaire)

Un coin perdu de nos campagnes, mais qui nous fait découvrir la géographie, la géologie, l’histoire et le patrimoine naturel de cette région gaumaise. A voir le long de la promenade dite « Maurice Grevisse », balisée au départ du pont de Rulles.

J.-M. Pairoux

Illustration : La grande mardelle « Sur le Haut » – Marie-Claude Marchal

Bibliographie : NOEL, R., Quatre siècles de vie rurale entre la Semois et la Chiers (1070-1470), Livre I : Connaissance des hommes et des choses, Louvain, 1977. Communication de P. LEMAIRE au congrès des Cercles d’Histoire et d’archéologie de Belgique, Arlon, 2016.

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